L'eau au jardin Par jl Reuillon animateur du club JPA de la vallée du Bédat. le 17-09-2022

L'eau est essentielle à la plante pour produire des sucres, qui sont à la base de toute la vie sur terre.
Carte des limitations de l'usage de l'eau
Puy de Dôme au 25 Juin 2022
 fiche eau Jardinotes
Le changement climatique, maintenant inéluctable, engendrera des phénomènes climatiques extrêmes qui perturberont la fourniture de l'eau nécessaire aux légumes. Les résultats des simulations mettent en évidence une augmentation continue des sécheresses du sol en moyenne annuelle sur le territoire métropolitain au cours du XXIe siècle. En fin de siècle, les projections s’accordent globalement sur un niveau moyen annuel d’humidité des sols, correspondant au niveau extrêmement sec de la période de référence 1961-1990 (Météo France d'après rapports du GIEC). Par contre la quantité d'eau de pluie annuelle devrait rester stable en Auvergne... c'est sa répartition temporelle et l'évaporation qui changeront la donne.


Le besoin en eau des plantes est conditionné par:
- La transpiration: l’eau puisée par les racines est évaporée par les feuilles.
- L’évaporation de l’eau contenue dans le sol .
On parle d'évapo-transpiration potentielle (ETP) qui est l'évapotranspiration d'une surface, qui serait suffisamment approvisionnée en eau, pour en évaporer le maximum possible. Elle dépend des précipitations, de l’humidité, de la température de l’air, du vent, et des types de plantes et de sols.
Ce besoin varie fortement selon la saison, le stade de développement et la région. Il peut varier de 1mm (début de culture en période fraiche) à 10mm d’eau par jour (soit 10 litres au m² par sécheresse et canicule au stade production).
Pour les besoins en eau des légumes, voir fiches cultures Jardinotes.

Pour assurer aux légumes l'apport d'eau dont ils ont besoin, dans ces conditions qui vont devenir de plus en plus difficiles, il sera nécessaire de revoir nos méthodes de jardinage "traditionnelles". Il faudra notamment, avant de penser arrosage, adopter des techniques qui favoriseront la conservation de l'eau de pluie dans le sol, ainsi que sa bonne utilisation par les plantes.

Conserver l'eau dans le sol.
Un sol humifère, poreux naturellement, absorbe et stocke beaucoup plus d'eau qu'un sol "retourné".
Sol fiche culture Jardinotes
Un sol humifère et poreux,
retient beaucoup d'eau.

L'humus agit comme une éponge. (Il retient environ 5 fois son poids en eau. (20 litres/m² environ pour 400kg de terre avec 4kg MO.) L'humus est le produit de la décomposition de la matière organique (MO) par les organismes du sol. Cet humus s'associe avec l'argile pour constituer le complexe argilo-humique qui est l'élément du sol qui pilote sa fertilité. Dans un sol vivant on n'a donc pas l'obligation de passer par le compostage pour décomposer ses déchets organiques, car les organismes du sol s'en chargent... et bien mieux que ceux du composteur... en stockant du carbone dans le sol, et retirant du CO² de l'atmosphère.
Les besoins en eau des plantes sont assurés par la réserve d'eau du sol, la pluie et l'arrosage.
La réserve d'eau utilisable par la plante (RFU), dans un sol, dépend des caractéristiques du sol:
- la texture: un sol argileux retient beaucoup plus d'eau qu'un sol sableux.
- la porosité (les pores et micropores du sol entre les agrégats.)
- la teneur en humus (20 mm environ par point d'humus dans le sol selon les études.)

Le jardinier pouvant difficilement modifier la structure du sol, peut par contre jouer sur les deux autres leviers.

Un sol poreux emmagasine l'eau, et permet aux racines de descendre profondément dans la terre. La porosité peut être créée artificiellement par le motoculteur ou la bêche ou bien naturellement provenir de la vie des organismes du sol.
La porosité artificielle est éphémère et va s'effondrer au fur et à mesure de la saison. La porosité naturelle, par contre, est pérenne (les galeries sont étayées), et permet une bien meilleure infiltration de l'eau (biopores verticaux) et de pénétration des racines et radicelles, qu'une porosité obtenue en "travaillant" la terre. En effet, dans ce dernier cas, les pores sont bouchés très rapidement et lors d'une pluie on observe l'eau ruisselant en surface, entraînant une partie du sol qui s'érode... ce n'est pas le cas des biopores d'un sol vivant.
Pour obtenir un sol vivant, et donc une porosité naturelle, il faut préserver les organismes du sol en leur fournissant le gîte et le couvert. Pour cela, en plus d'apports de matières organiques carbonées (voir fiche 'sol vivant'), il ne faut pas retourner le sol. Car en plus de la destruction des habitats et de ses habitants, cela a comme effet collatéral de détruire les champignons (mycélium), qui apportent des éléments essentiels aux plantes, comme le phosphore, et ont un rôle protecteur phytosanitaire. En échange la plante fournit des sucres aux champignons. Ces échanges ont lieu au niveau des mycorhises (pénétration des hyphes du champignon dans les cellules de la racine). En période de sécheresse, les champignons apportent de l'eau à la plante, ce qui permet la transpiration et à la photosyntèse. Amener du carbone dans les sols, pour nourrir les champignons (sans les détruire par le travail du sol) c'est donc amener de l'eau!




Ralentir l'évaporation de l'eau du sol. En sol nu, on pense bien sûr au binage, valant parait-il deux arrosages. En sol vivant "non travaillé", le meilleur moyen de retenir l'eau, est la couverture du sol.

- paillage : : tontes de pelouse, broyats de branche, branchages.. pour faire un matelas d'air au dessus du sol qui freine l'évaporation. De plus ces matières organiques nourrissent les organismes du sol qui le transformeront en humus en période humide. Le fait de mettre cette couverture en été plutôt qu'en hiver laisse le sol se réchauffer plus vite au printemps. Veiller à ce que le paillage laisse passer l'eau de pluie et l'air (plus un paillage est fin, comme de l'herbe de tonte, moins la couche doit être épaisse.)

- culture de couvert : (phacélie, meteil, luzerne...) en été pour empêcher le soleil d'atteindre le sol. Dans le cas de la luzerne les différentes coupes permettent de pailler les cultures. C'est le cas aussi pour le méteil, qui peut s'arracher au printemps et attendre dans les allées de servir de paillage en été.

- Densifier les cultures : pour que les plants recouvrent rapidement le sol et que l'on n'ait jamais de sol nu, freinant ainsi l'évaporation et l'enherbement.

- Créer des zones d'ombre : L’ombrage est une bonne solution pour protéger le sol et les cultures des excès de chaleur, et limiter l'évaporation. Les plantations d'arbres ou de haies, en plus de zones d'ombre, apporteront aussi de la matière organique (feuilles,bois) au sol. On peut prévoir par exemple, des haies fruitières espacées (10m) pour cultiver des légumes entre les rangées. On peut aussi ombrer avec des branchages (ex: sur des tunnels à tomates...) ou des cagettes (exemple pour semis de carottes)...

- Semis et plantations : en période sèche semer plus profond les grosses graines (haricots), piétiner les semis de petites graines (carottes) pour qu'ils restent en contact avec le sol humide, et couvrir pour ombrer. Plomber et couvrir les plants.

- Enherbement : En période de sécheresse, il faut bien entendu supprimer la concurrence avec les adventices, de préférence en les arrachant. En sol couvert non travaillé, il n'y a pas ou très peu d'adventices annuelles, par contre il faut gérer les plantes pérennes (liseron, chiendent, potentille...)

Irriguer avec discernement.
Si besoin, on arrose le soir en période chaude, et le matin en période froide, avec une quantité d'eau adaptée aux besoins de chaque culture.
Ci-dessous: Oyas dans un petit jardin.
Jardinot fiche culture Jardinotes


La disposition d'eau d'irrigation est indispensable au jardin (récupérateur d'eau de pluie, eau du réseau, puits....)

Une cuve de stockage de 1000 litres permet de faire face à 10 jours d'irrigation de 20m² de cultures, avec un ETP de 5mm/jour... seulement 5 jours, en période de canicule ventée!
(1 mm = 1 litre d'eau par m².)
Cette eau précieuse, qui peut être coûteuse doit être utilisée à bon escient, et surtout aux périodes critiques en cas de sécheresse.

On repère l’assèchement du sol par l'ETP (voir définition plus haut) cumulée depuis une recharge du sol en eau. L'ETP est nulle quand il pleut, de 3 à 5L/m²/jour en moyenne et peut aller jusqu'à 10L/m²/jour. canicule, vent, sécheresse.

En pratique, en période sèche on peut adopter la conduite suivante:
au démarrage des plants: irriguer 2 fois par semaine avec 10l/m2 à chaque fois.
En production par temps très sèchant: 1 fois par semaine, 50L par m², pour remplir la réserve utile du sol.

Périodes critiques pour l'irrigation de quelques cultures légumières

Périodes critiques

Cultures

germination et plantation Petites graines (carottes) et tous les plants
floraison, apparition des gousses haricot
formation et grossissement de la pomme choux
floraison mâle, pollinisation maïs sucré
floraison, développement des fruits concombre, courgette, melon,aubergine, poivron, tomate.

Expérimenter et échanger pour s'adapter.
Faire de son jardin un lieu d'expérimentation et en partager les résultats (succès mais aussi échecs.)
Ci-dessous: échanges de graines dans l'association
des Jardiniers des Pays d'Auvergne.
Jardinot fiche culture Jardinotes



Devant une situation hydrique de plus en plus compliquée à l'avenir, les méthodes de jardinage traditionnelles seront vite inadaptées. Il est plus que nécessaire d'expérimenter, et d'évaluer par l'échange d'expériences, de nouvelles méthodes qui permettront aux plantes de mieux résister aux aléas climatiques (sécheresses, températures, pluies...) qui seront de plus en plus extrêmes.

En plus des pistes listées précédemment, on peut en citer quelques autres:

- Cultiver ou abriter des espèces sauvages ou spontanées (ronces pour les mûres, arroche, chicorées, arbres fruitiers spontanés...)
- Cultiver de la luzerne dans les allées ou une partie du jardin (ombrage, paillage, précédent cultural.)
- Récolter des graines des légumes les plus résistants (sélection massale), et les échanger avec d'autres jardiniers qui les testeront et multiplieront.

Merci de faire part de vos pratiques et expériences, dans les commentaires de cette fiche.
Pour cela il faut être inscrit ou s'inscrire sur jardinotes (c'est gratuit et on y accède en tapant jardinotes.org dans la barre de navigation d'un navigateur web, ou jardinotes dans une barre de recherche.
- Augmenter le nombre d'espèces et de variétés cultivées pour répartir le risque.
- Tester des associations de cultures et des rotations résilientes à la sécheresse.
- Utilisation d'extraits de plantes fermentées...




Pour aller plus loin.
- Fiches cultures de Jardinotes Possibilité de laisser des commentaires et ainsi participer à un échange d'expérience.
- J'économise l'eau au potager! Quand et comment arroser. (Blaise LECLERC 2017)
- La conduite de l'irrigation en maraîchage Bio
- Irrigation : déterminez les besoins en eau des cultures et les stocks d’eau disponibles.
- Expérience personnelle (Merci de faire part de votre expérience concernant cette fiche dans les commentaires, depuis votre compte Jardinotes)
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Guilloux le 05-07-2022-19:53 :
Bonjour à toutes et à tous. Un p'tit commentaire... histoire de montrer que j'ai lu – et apprécié – cette fiche sur l'eau ;-) Tu écris : « Pour une cuve de stockage, prévoir 1 l/m²/jour (exemple : pour 100 jours et 100 m² : 10 m3). » Sauf à ce que je n'aie pas compris ton raisonnement, cela suppose qu'il ne pleut pas en été. Or, s'il pleut peu, il pleut prou, parfois : 74 mm, il y a quelques jours, le 26 juin, à Sayat ; 135 mm, entre le 21 et le 27 juin. Bref, soient une surface de 100 m2, donc, et une cuve de 3 m3 (un standard dans mon quartier). Dans la perspective d'augmenter ma surface de production potagère de 16,50 m2, actuellement, à 36,50 m2 – Brutal ! –, j'ai calculé que, compte tenu des surfaces imperméabilisées de mon terrain (toitures et terrasse), 20 mm de pluie suffiraient pour remplir ma cuve de 3.000 litres. Selon Météo-France, il tombe, en moyenne, 150 mm de pluie, durant les trois mois d'été, sur Sayat et les communes alentours (220 mm en 2021). Conséquence théorique : les 150 mm des seuls mois d'été suffiraient pour remplir plus de 7 cuves de 3.000 litres, durant l'été, soit plus de 20 m3. J'ai bien écrit “suffiraient”, car à Sayat, PLU oblige, les cuves sont de rétention... pas de stockage. En clair, ma cuve de 3.000 litres est... vide, la plupart du temps. Merci à toi.

root le 06-07-2022-06:26 :
Merci de ces commentaires. Effectivement cette norme trouvée sur un blog de jardinier n'est sans doute pas très adaptée chez nous. En fait il vaudrait mieux partir d'un ETP moyen de 3mm/j en période séchante (à ajuster au sol et à la zone géographique) et compter combien une cuve de 1m3 par exemple permet de "tenir" avant une pluie. Pour un jardin de 35m² (pour reprendre le cas de ton futur jardin) l'évapotranspiration serait donc de 35*3, soit environ 100L par jour. Une cuve de 1000 litres permettrait donc d'assurer les besoins des plantes pendant 10 jours... depuis le moment où la réserve utile du sol est épuisée (un jardin avec sol vivant et humifère en retenant bien plus qu'un jardin traditionnel avec retournement du sol) jusqu'au moment où il pleut à nouveau. Si le raisonnement est juste on peut l'adapter à chaque cas. Qu'en penses-tu? Sinon il y a un point que je n'ai pas bien compris; à Sayat tu ne peux pas récupérer l'eau des gouttières à cause du PLU? Merci pour ces commentaires. JLUC

Guilloux le 08-07-2022-16:33 :
1/3. Mon commentaire ne concernait pas l'ETP, que je suis bien incapable de chiffrer. Tu as précisé, fort justement, les paramètres la faisant varier. Je pourrais ajouter que la culture en pots ou en gouttières est sensiblement plus gourmande en eau. Non seulement, il n'est guère possible de pailler, mais, en plus, le soleil chauffe terriblement le PVC, accentuant l'évaporation des sols (lors des fortes chaleurs du mois de juin, il m'a fallu arroser les fraisiers en pots deux fois par jour ; avec un seul arrosage le matin, ils me faisaient la gueule, dès la fin de l'après-midi). Idem pour la culture en carrés potagers. Là encore, mes carrés (35 cm de haut) sont logiquement plus exposés au soleil (et donc à l'évaporation) que ceux de Michèle (15 cm environ, cf. photo). De plus, ceux de Michèle, en bois, doivent être plus “isolants” que les miens, constitués en matériau composite. Une solution pour réduire l'ETP : des ombrières. J'y songe.

Guilloux le 08-07-2022-16:33 :
2/3. Mon commentaire concernait, en réalité, la disponibilité de la ressource en eau de pluie, durant l'été, laquelle varie logiquement selon la situation de chacun de nous, en tout cas pour celles et ceux qui ont, certes, un jardin, mais pas la chance qu'“au milieu coule une rivière” (film connu...) J'ai beaucoup bétonné à la maison. Les surfaces imperméabilisées (toits et terrasse, dont l'eau est récupérée par des gouttières et un caniveau) se situent autour de 200 m2 (dans mon calcul précédent, j'avais oublié les 50 m2 du carport). Ce qui signifie, primo, qu'une petite pluie de 15 mm suffit pour remplir une cuve de 3.000 litres. Ce qui signifie, deuzio, que les 150 mm “moyens” de pluie tombant sur Sayat, en été, suffisent pour remplir 10 cuves de 3.000 litres. Ce qui signifie, tertio, que, si l'on retient ton hypothèse d'une ETP de 3 mm/m2/jour et sous réserve que mon calcul soit juste, l'eau collectée pourrait couvrir les besoins de 35 m2... pendant 300 journées... d'été (!...) Inutile de préciser que ces 150 mm “moyens” ne tombent pas seulement sur les toits et la terrasse, mais qu'ils arrosent aussi les carrés potagers... ce qui ajoute 50 journées supplémentaires (et théoriques, bien sûr). Inutile de préciser, enfin, que les sols abordent l'été après un printemps “moyen”, durant lequel, en général, il a plu, et que, donc, leur réserve utile est de l'ordre de 2 mm/cm de sol, soit une quarantaine de millimètres (a minima, car les sols sont plutôt bien pourvus en humus). Tout cela est bien sûr chiffré à la louche. Et tout cela suppose, pour ce qui me concerne, de régler le point suivant.

Guilloux le 08-07-2022-16:34 :
3/3. À Sayat, en effet (en tout cas, dans notre lotissement), les cuves de rétention... retiennent l'eau, en cas de pluie abondante, et la relâchent dans le réseau d'eau pluviale, à un débit de 1 litre/minute, pour limiter les risques d'inondation à l'aval du Bédat. Si bien que, en effet, ma cuve est vide la plupart du temps. De plus, les propriétaires du quartier ont financé (à grands frais) une cuve collective de plusieurs dizaines de milliers de litres, dont la fonction est aussi de limiter le débit de l'eau évacuée. Toute cette eau, au lieu d'être utilisée dans les jardins, rejoint le Bédat, puis la Morge, puis l'Allier, puis la Loire et, au bout du bout, l'océan...